Pampeligòsse RENCONTRES DE LA PAROLES 2013

RENCONTRES DE LA PAROLE 2013 / ALPES DE HAUTE-PROVENCE

On the road again with Daniel L’Homond

 

Jeudi dernier, à Saint-Jurs, pour la troisième soirée des Rencontres de la Parole, le ciel menaçait d’être menaçant. Et puis, en voyant Daniel L’Homond, le conteur honnête homme, il s’est ravisé. Comment faire du tort à une si belle personne ? Ce conteur n’est pas du genre à dire au public qui vient l’entendre : « Asseyez-vous, taisez-vous, écoutez ! » Oh que non ! Il est plutôt bonhomme, complice, tout en clin d’œil et en humanité. Un type amène en quelque sorte, avec qui faire un bout de chemin est un régal.

 

Justement, à propos de chemin, voilà notre L’Homond qui s’arrête et qui commence à nous parler d’un gars, Pontouquéte qu’il se nomme. Il vient de perdre son boulot et décide de tailler la route. Son but ? Pampeligòsse ! Pampeligòsse ? Oui, Pampeligòsse, la terre promise, le pays de Cocagne, où tout n’est que douceur, calme et volupté.

Et voilà L’Homond qui nous embarque dans un périple extraorinaire pour les pauvres mortels que nous sommes et que chacun, en secret, aimerait vivre.

Sur sa route, Pontouquéte va rencontrer une parpadelle de personnages : la Mort (une Mort cousine de celle de l’Oncle Archibald de Brassens), des jeunes filles qui, pour cacher leur menton, soulèvent leur jupon, des pilotes suicidaires, la belle Ananké (si belle qu’elle en déstabilise les horloges), un petit lutin du Quercy, des fées jouant de la baguette (mais pas de la leur), le rémouleur des mots usés, un dentiste qui ne bouge pas (normal, un dentiste c’est dentaire), j’en passe et des meilleures.

 

Comment vous dire ? C’est bien simple, on n’a pas vu passer le temps, ni la route. Quoi ? C’est déjà fini ? On est arrivé ? On peut faire la route en sens inverse ? On aimerait arrêter le tic-tac des horloges, mais la belle Ananké les a détraquées. Rien à faire.

Ah ce L’Homond, il nous a tous emportés dans sa machine à voyager dans le temps, l’espace, le plaisir, le rire et l’inconnu ! Maintenant que j’y repense, je me dis (pour faire un peu sérieux tout de même) qu’il y a du Buster Keaton dans ce conteur, de l’Alphonse Allais aussi (avez-vous remarqué qu’il lui ressemble ?), et puis du Raymond Queneau, et encore du… bon je vais m’en tenir là pour ce qui est des accointances. Je rajouterai toutefois qu’il y a du L’Homond dans ce L’Homond. Et pour finir, une supplique (Jean David permets-moi de te paraphraser) : « Parle ô mon Unique L’Homond ! »

J’entends d’ici les sceptiques : « Oui, ce journaliste exagère. Avec lui, les contes c’est toujours super et le conteur extra, d’ailleurs il est payé, il va pas cracher dans la soupe… »

Ce n’est pas tout à fait faux, mais, en ce qui concerne L’Homond, demandez à ceux qui l’on vu et entendu, ils sont du même avis. Tenez, par exemple, demandez à Nathalie Le Boucher, vous verrez, elle est encore plus enthousiaste que moi.

Pontouquéte est un Ulysse périgourdin. Ses aventures n’ont pas l’âge vénérable de celles du roi d’Ithaque, mais tout de même, elles valent le détour. Le passage de notre héros, réduit à la dimension d’un lutin, par le tube digestif rempli d’un ragoût de rat d’égoût du Cagagnaire est un morceau d’anthologie.

Le voyage est ponctué de chansons pour lesquelles L’Homond s’accompagne à l’accordéon. Des chansons pour tourner la page de chaque chapitre de l’épopée pontouquétoise. « Que savez-vous de la vie, que savons-nous de l’amour ? »

Vaste question et ce n’est pas les trous aux semelles de nos chaussures qui nous permettront d’y répondre. Mais, c’est connu, le voyage vaut plus que le terminus, et lorsqu’on l’atteint, il nous reste toujours les épisodes du chemin.

Allez, à la revoyure !

Franck Berthoux

Prospectu’ N°4, 17 août 2013

 

 

Pontouquéte : de Jausiers à Pampeligosse

 

Devant la bibliothèque, au milieu d’une rue qu’on a simplement barrée en deux endroits, une simple chaise, voilà la scène du conteur, en face de quelques rangées de chaises pliantes pour les auditeurs d’un soir. C’est on ne peut plus basique, mais suffisant pour partir sur les traces de Pontouquéte, cet être à la fois humain et un peu magique, que Daniel L’Homond fait partir en direction utopique de Pampeligòsse. Personnellement ce Pontouquéte me fait penser à une sorte de Don Quichotte par sa naïveté et ses rêves. En même temps, il y a en lui de la truculence du Gargantua même s’il n’en a pas la taille. En revanche, Cagagnaire, lui, en a les dimensions géantes.

En tous cas, c’est un homme, il n’y a pas d’erreur puisqu’il tombe amoureux de la belle Ananké, d’une Napolitaine en transe et de diverses fées ou diablesses, mais à chaque fois, le pôvre, il se ramasse !

 

J’ai adoré les petits «Voilà» qui courent partout, je pensais aux petits êtres sympathiques et minimalistes qui grouillent dans le film d’animation « Moi, moche et méchant » !

Bien sûr il y a toutes sortes de péripéties, mais je vous en fais grâce, d’ailleurs je ne les ai pas toutes retenues car c’est trop foisonnant et la logique plutôt échevelée.

Ce qui m’a le plus emballée dans cette épopée à la fois rustique et flamboyante, c’est le plaisir manifeste et gourmand du conteur à ciseler la langue et les mots. Les événements sont toujours matière à jouer avec les vocables, à les étirer dans tous les sens pour en extraire tout le jus : de la simple orangeade citronnée/citronnade orangée, à la tarte aux « brimbelles / autre nom des myrtilles ou brimbilles autre nom des myrtelles ».

Il y a, c’est sûr, de l’humour dans ces jeux de mots, ces doubles ou triples sens et surtout de la subtilité, une attention de fin gourmet aux sonorités, aux assonances, à ces trouvailles multiples. Il met en scène un rémouleur de mots, en vérité je crois que c’est lui-même qui rémoule les mots usés pour leur donner une seconde vie !

 

Ce ne sont pas seulement les mots du conteur qui nous font voyager, ce sont parfois ses formidables images. Je prendrai pour exemple l’épisode de la digestion de Pontouquéte (avalé au sein d’une chocolatine) par Cagagnaire, telle un tambour de machine à laver : Pontouquéte s’accroche aux pustules, l’alka-selzer de faire tout bouillonner et l’odeur… Je n’en dis pas plus !

 

C’est sûr, le L’Homond s’est vraiment lâché, comme il dit. Il s’est fait plaisir, sans contrainte et le public s’esclaffe, tous âges confondus.

Enfin je ne peux passer sous silence les « respirations » en musique que Daniel nous a offertes, en s’accompagnant du « piano du pauvre », son petit accordéon. Il joue et chante ses propres compositions (il a gagné sa vie autrefois en chantant !) et un chant révolutionnaire espagnol (Le passage de l’Ebre) puisque Pontouquéte se trouve transporté aussi dans le temps (« en traversant l’étang ») au milieu de la guerre d’Espagne.

 

Bon il faut bien laisser la place, je vous abandonne Pontouquéte, rouflaquette, roubignolle… euh j’arrête !

Anne de Belleval

Prospectu’ n°6, 19 août 2013

 

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